La journée du 16 juin 2009 « Autour de la transmission culturelle » organisée par la section d'Études peules de l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) et par Timtimol a réuni une cinquantaine de personnes au Département Afrique de l'INALCO à Paris. Étaient présents, entre autres, Christiane Seydou (Directeur de Recherche honoraire au CNRS), Kadiri Yaya (Fondateur et Président Honoraire de Tabital Pulaaku), Thierno Diallo (Président de Tabital Pulaaku – TPGF) et Jean Schmitz (Professeur à l'EHSS à Paris), ainsi que de nombreux étudiants du peul et d'autres langues africaines et plusieurs personnes qui s'intéressent à la problématique de la transmission culturelle.

La journée était l'occasion de retrouvailles entre trois associations consacrées à la promotion du peul : Kawtal Janngooɓe Pulaar-Fulfulfde (KJPF), Tabital Pulaaku et la « petite dernière » fondée en 2007, Timtimol (« Arc-en-ciel »). Cette journée témoigne d'une synergie efficace entre jeunes chercheurs et chercheurs confirmés, entre universitaires et « transmetteurs » travaillant sur le terrain, entre « foulanisants » et « non-foulanisants ». Nous remercions tous les participants de l'intérêt porté à cette manifestation et nous saluons tout particulièrement la présence de la plus jeune de nos auditrices à peine âgée de 3 mois et qui accompagnait sa maman, Mélanie Bourlet.

Aliou Mohamadou, professeur de peul à l'INALCO et président de Timtimol, a ouvert la journée avec un bref hommage à son ami Murtuɗo, décédé le 11 juin 2009 à Nouakchott. Il a rappelé l'engagement de cette personnalité pour la promotion du peul et des autres langues africaines, en citant l'une de ses devises préférées : Yiɗande hoore mum wonaa anyande banndum, « Vouloir quelque chose pour soi ne signifie pas la refuser à autrui. » Il a également évoqué la mémoire de Jiggo Tafsiir, Seydu Kaan, Yero Dooro Diallo, Alfa Ibraahiima Sow et Aboubakari Dem, figures illustres qui, comme Murtuɗo, s'étaient engagés pour la langue et la culture peules.

 

 

La journée s'est ouverte par la communication d'Anna Pondopoulo sur le problème « Transmission et histoire ». Historienne, auteur de Les Français et les Peuls. L'histoire d'une relation privilégiée, Paris, Les Indes Savantes, 2008, Anna Pondopoulo a posé la question suivante : pourquoi la France s'est-elle intéressée aux Peuls ? Elle a établi un lien entre les moments importants de la colonisation, du développement du savoir colonial et les stéréotypes véhiculés à propos des Peuls, notamment les supposées origines extra-africaines des Peuls et une prétendue supériorité de leur civilisation par rapport aux cultures locales.

Dans « Acquisition et transmission », contribution en pulaar traduite par Aliou Mohamadou, Mamadou Abdul Sek de KJPF a expliqué l'apprentissage et la transmission de la parole par les griots du Fuuta-Tooro. Il a fait part des raisons pour lesquelles lui-même, maître de la parole, en est arrivé à s'intéresser à l'écriture, l'un des outils de la transmission culturelle. Il a évoqué son ouvrage récent, Payka, le recueil de 1726 proverbes commentés en pulaar et édité par Timtimol en 2009, ainsi que l'ouvrage du grand griot Farba Salli Bookar Sek, Geyle. Naange wulaa gooto en 2006.

La transmission orale en contexte africain rencontre des difficultés et elle a parfois recours à l'écriture. Quant à la « Transmission en contexte d'immigration », celle-ci a été abordée également par rapport à ces deux modes d'expression.
Bénédicte Chaîne a présenté Kulle ladde, un imagier pluridialectal sur les animaux sauvages qui s'inspire des jobbitooje « blasons », genre littéraire attesté dans le Diamaré (Nord-Cameroun). Chacun des animaux se présente lui-même aux enfants, en évoquant ses qualités mais aussi ses défauts. Les textes de présentation comprennent quelques lignes en pulaar et sont adaptés sous forme de planche récapitulative en pulaar du Fuuta Jaloo et traduits en français et en anglais. Ce livre édité par Timtimol a obtenu le prix Kadima 2009.
Pour ce qui concerne la transmission orale, Dieynaba Sy a exposé un aspect de sa recherche en cours dans sa contribution « Dire la littérature orale en contexte d'immigration : l'exemple d'un conteur haal-pulaar », en s'intéressant aux mécanismes de la transmission des contes dans une famille en France, et ceci sur trois générations.

« Transmission en contexte africain » devait accueillir les contributions de Koumanthio Zaynab Diallo et de Dieng Bonata de Guinée, qui, malheureusement, n'ont pas pu se joindre à nous. Thérèse Bolzinger et Alpha Oumarou Ba ont présenté dans « Une romancière engagée : l'exemple de Koumanthio Zaynab Diallo » son travail consacré à la transmission des contes au Musée de Labé et sa production littéraire déjà importante. Le manuscrit de son roman écrit en pulaar, Gundo, fait de Koumanthio Zaynab Daillo la première romancière de cette langue.
Timtimol souhaite que ce texte soit publié, ce qui pose la question de l'adaptation de l'alphabet et l'utilisation des principes de l'écriture du peul arrêtés lors de la conférence de Bamako de 1966.

Le dernier point abordé lors de la journée est la question de la « Transmission et nouveaux média », illustré par trois contributions.
Renaud Alexandre, s'intéressant dans sa communication « Internet, les atouts et les lacunes », à la présence du peul sur le Net, a constaté que la principale difficulté n'est pas la présence elle-même, mais plutôt la pérennité des sites ; il a signalé plusieurs références illustrant le dynamisme peul sur Internet, comme le site http://westafricanislam.matrix.msu.edu/ajami/index.php.
Pierre Amiand s'est interrogé dans « Filmer les performances de poésie pastorale peule (Mali) » à partir d'exemples filmés concrets sur deux séries de questions : « comment filmer les performances », et « comment rendre les performances filmées ». Il ouvre une voie nouvelle de la recherche sur la production de documents audio-visuels en peul.
Quant à Henry Tourneux, il a fait part dans « Transfert d'informations : l'exemple de la prévention du SIDA en peul (Nord-Cameroun) » de sa réflexion sur le choix des termes en peul pour désigner le virus, et sur les moyens pour diffuser l'information. Il a présenté une chanson en peul conçue, enregistrée et largement diffusée au Cameroun. Cette réflexion fait partie des interrogations sur le rôle des langues africaines dans le développement (voir : http://www.savoirs.essonne.fr/dossiers/les-hommes/ethnologie/la-communication-dans-laide-au-developpement/)

La journée s'est terminée par une discussion générale portant sur « Transmission et aménagement linguistique ». Cette question a été abordée en filigrane dans de nombreuses contributions. La transmission culturelle a recours de plus en plus à l'écrit, ce qui pose deux séries de questions :
– quel est le rapport entre ce mode de transmission et l'oralité, celle-ci ne devant pas apparaître comme une voie « mineure » face à la voie « noble » ;
– quelle est l'écriture utilisée ? Par rapport à cette dernière question, on constate que l'écriture du peul connaît des pratiques multiples, allant de l'application des recommandations de la Conférence de Bamako à la restitution des racines, l'utilisation plus ou moins erronée de l'alphabet arabe pour la translittération, et l'utilisation de digraphes pour marquer les consonnes glottalisées, entre autres.
Se pose ici la question d'une réforme et d'une harmonisation de l'écriture du peul, indispensable au maintien de l'unité de la langue au-delà de ses variantes dialectales.


Les contributions à cette journée seront publiées dans les meilleurs délais.

Ursula Baumgardt, 23 juin 2009
 
Le programme de la journée est toujours disponible sur le site Timtimol : Autour de la transmission culturelle